Témoignage

Stéphanie a bien roulé sa bosse des maths

  • Nantes
En France, près d’un actif sur deux (49 %) a envisagé, initié ou réalisé une reconversion professionnelle. Sur ce chiffre, presque la moitié l’ont déjà mené à bien. C’est le cas de cette Nantaise d’adoption qui, avant d’être agent immobilier, a été professeur de mathématiques pendant vingt ans. Histoire d’une reconversion, pas toujours simple.

"Nous sommes entrés dans une ère où nous connaîtrons tous plusieurs vies professionnelles dans la même vie !" ​Le parcours de Stéphanie Travert-Dubois, aujourd’hui à la tête d’une agence immobilière à Rezé (Loire-Atlantique), confirme parfaitement cette observation partagée par tous les acteurs du monde de la formation professionnelle.

Il faut bien dire que dans le cas de cette quadra pétillante, la vie professionnelle a commencé tôt. Originaire du Pas-de-Calais, "la côte d’Opale plus précisément", cette fille d’enseignant a pris au départ, le chemin familial tracé par ses parents. "Un bac S obtenu à 16 ans, puis la fac de maths, à Lille, une maîtrise de maths à 20 ans et un poste de prof à 22 ans dans l’enseignement privé ! Tout s’est enchaîné très vite. Le fait d’avoir des parents prof a facilité les choses. C’était le choix de la facilité et de l’indépendance, très jeune"​, se souvient-elle.

Le blues du prof de maths

De 1996 à 2017, Stéphanie travaille dans différents établissements du Nord, collèges, lycées, école internationale… "Très vite, j’ai senti que ce métier ne correspondait pas à une envie profonde, que j’aspirais à autre chose. Pour autant, je n’avais aucun souci avec les élèves, ni avec la matière… Je me sentais à l’étroit, je souffrais de la rigidité de l’institution. Le sentiment d’avoir rapidement fait le tour s’est installé, et je me suis demandé comment ma vie professionnelle allait pouvoir évoluer."

En 2004, Stéphanie rencontre celui qui allait devenir son mari. Il vit à Nantes. Elle, toujours à Lille… En 2005, c’est le grand saut. Après avoir demandé sa mutation, elle se retrouve enseignantes en collège à Clisson, puis à Nantes. "Tout a basculé à la faveur d’une expérience personnelle, se souvient-elle. En 2007, j’ai commencé à faire de la gestion locative à titre privé. Nous avions un bien personnel à gérer. Aucune obligation de formation n’était nécessaire, j’exerçais cette activité dans la sphère familiale. Cependant, je me suis piquée d’intérêt. Très rapidement, j’ai compris que c’était ce que je voulais faire." Hasard ou coïncidence, Stéphanie travaille tout à côté de l’ICH Ouest à Nantes.

Major de promo

Réputé, cet institut du Cnam (Conservatoire national des Arts et Métiers) forme les cadres aux fonctions tertiaires de l’immobilier et de la construction. Le cursus, axé sur le juridique, l’économie et la gestion, prépare au diplôme d’études juridiques immobilières reconnu par la profession. Ce diplôme permet d’obtenir la carte professionnelle d’agent immobilier et d’administrateur de biens.

En 2014, elle débute ce parcours de formation de trois ans. Seul bémol : aucune aide ne sera mobilisée pour couvrir le coût de la formation qui sera financée sur fonds propres. "Je n’étais pas très emballée à l’idée de solliciter mon employeur, j’ai préféré suivre les cours en toute discrétion. Une partie à distance, une autre le soir de 18 h à 21 h et le week-end, le samedi."

En 2017, Stéphanie est diplômée et sort major de sa promotion, avec en poche un titre certifié au RNCP de niveau II, l’équivalent d’un BAC + 3. "C’est une formation de haut niveau, exigeante, avec un volet juridique important. J’ai rencontré des professionnels de l’immobilier, enrichi mes acquis de terrain, c’était une vraie ouverture sur un nouvel avenir professionnel."

Motivée, il faut rester motivée !

À l’issue de ce cursus, Stéphanie négocie sa démission avec une indemnité de départ volontaire. Son objectif : créer ou reprendre une entreprise. Le 4 septembre 2017, elle lance sa première agence immobilière à Nantes baptisée Sept-Home. La deuxième ouvre en 2020 à Rezé. Actuellement, elle recrute des agents commerciaux pour renforcer l’équipe.

"Alors, oui, on peut dire que cette expérience m’a permis de m’épanouir ! Cependant, le parcours a été long et difficile… Mais je m’y attendais. Car rien n’a été décidé sur un coup de tête. Juste une forme d’inconscience qui m’a permis de sauter le pas ! Mes enfants avaient grandi. J’étais très soutenue par mon mari. Or, il est fondamental d’être bien entourée pour mener à bien ce type de démarche de reconversion. Je me disais : « si ça ne marche pas, je ferai autre chose ». Ma motivation, clé de voûte du projet, ne résidait pas dans l’aspect financier, mais plutôt dans la reconnaissance et la liberté. Aujourd’hui, c’est gagné ! "

Source : Ouest-France