Sûreté nucléaire

L’ingénieur nucléaire qui venait du Cnam

À son entrée à l’École des ingénieur·e·s du Cnam (EICnam), il était novice dans les métiers du nucléaire. Après trois ans d’alternance, Ibrahim Chenouf sort en septembre 2017 un titre d’ingénieur en poche et spécialiste en démantèlement des installations nucléaires. Pleins feux sur cet alternant passionné, devenu ambassadeur des filières d’ingénieur·e·s, et aujourd’hui propulsé sur les bancs de l’École polytechnique et de l’ESSEC.

Ibrahim Chenouf

Avec lui vous pourriez évoquer l’inventaire radiologique d’une INB (une installation nucléaire de base, pour les intimes), l’optimisation des déchets lors du démantèlement d’une de ces installations ou encore les moyens de décontamination du tritium (cet isotope émis par l’industrie nucléaire, résidu de l’exploitation des réacteurs). À 22 ans, Ibrahim Chenouf est devenu un fin connaisseur des questions de sûreté nucléaire. Un regard sur son CV éclaire aisément toutes celles et ceux qui s’interrogeront : formé pendant trois ans à l’EICnam pour devenir ingénieur en Sciences et technologies du nucléaire, option Construction – démantèlement des installations nucléaires, il a effectué son apprentissage au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Un cursus couronné par l’obtention de son titre d’ingénieur, remis à la dernière cérémonie des diplômes de l’EICnam.

« Après mon DUT [diplôme universitaire technologique, ndlr.] en Mesures physiques, j’ai fait le choix de me spécialiser dans le nucléaire, secteur de haute technologie qui m’attirait. Et cela en passant par une école d’ingénieurs », explique-t-il. C’est en cherchant des formations dans ce domaine qu’il découvre le Conservatoire national des arts et métiers. Séduit par le programme proposé, il se laisse aisément convaincre lorsque son entourage professionnel et universitaire lui vante les mérites de l’établissement.

Au cœur de la recherche sur le démantèlement nucléaire

À partir de la rentrée de septembre 2014, Ibrahim Chenouf prend ses quartiers une partie de l’année dans la vallée du Rhône. C’est là qu’il effectue son apprentissage, au CEA de Marcoule, l’un des dix centres de recherche du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives. « Pour moi, l’apprentissage est une évidence : je suis convaincu par ce modèle pédagogique où l’on profite de cours théoriques que l’on peut appliquer en entreprise. Et surtout les enseignements reçus en entreprise sont différents et complémentaires à ceux de l’école. On y acquiert un savoir-faire et un savoir-être essentiels », souligne-t-il.

Sa première expérience en tant qu’ingénieur nucléaire est porteuse dans ce centre qui conduit plusieurs chantiers de démantèlement de réacteurs, un programme inédit par son ampleur. « Lorsque l’on démantèle une installation, on écrit un scénario prévoyant les différentes étapes. Cette histoire liste les techniques utilisées, le nombre de personnes impliquées, etc. Tout découlera de cette histoire. Mon immersion a été progressive. Mon tuteur a voulu m’apprendre toutes les facettes du métier, avec une prise de connaissances globale la première année. En deuxième année, j’ai été chargé d’une étude d’optimisation des déchets nucléaires. Il s’agissait de réfléchir à des solutions techniques pour réduire le volume des déchets produits lors de tout démantèlement. Puis, en dernière année, j’ai réalisé l’étude de démantèlement des caissons de l’installation. Mon rôle était donc alors de détailler une partie du scénario de démantèlement de référence. J’avais carte blanche pour mener ce projet. » Avec toujours en ligne de mire, le respect de la sûreté nucléaire, « une dimension que l’on retrouve dans tous les métiers du nucléaire ». Et à laquelle sa formation au Cnam l’a également grandement sensibilisé. « J’ai essayé d’appliquer ce que j’avais vu en cours. Mon savoir acquis au Cnam m’a même aidé à répondre aux questions de collègues qui conduisaient d’autres projets. »

Vers le management de projet à l’ESSEC et l’École polytechnique

Au sortir de ses trois années au Cnam, il enchaîne sur une nouvelle formation pour parfaire l’excellence de son profil. « Je voulais développer l’aspect managérial », déclare-t-il. Et ainsi se spécialiser dans le management de projet industriel et international, que cela soit dans le domaine nucléaire ou ailleurs.

Au prix d’un véritable « parcours du combattant », comme il le reconnaît, il décroche une place dans le prestigieux mastère spécialisé en Management de projets industriels et internationaux, un double diplôme délivré par l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC) et l’École polytechnique. Il y côtoie trente diplômé·e·s d’écoles d’ingénieur·e·s et de commerce, trié·e·s sur le volet.

Un solide engagement associatif

Le feu sacré pour sa profession, cet ingénieur tente aujourd’hui de le transmettre à travers son rôle de vice-président du Bureau national des élèves ingénieurs (BNEI), où vient tout juste d’être élu en novembre 2017. Ce n’est pas une mince affaire qui l’attend : l’association est en charge de former les représentant·e·s associatifs et élu·e·s des différentes écoles, informer quelque 140 000 étudiant·e·s sur l’actualité de la filière et de les représenter dans les différentes instances, notamment à l’échelle nationale, auprès du ministère, de la Commission des titres d’ingénieurs (CTI), la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI) et la Conférence des grandes écoles (CGE). Son entrée au BNEI remonte à février dernier : pendant plusieurs mois, il avait alors officié en tant que chargé de mission représentation sur les questions d'apprentissage.

Pourquoi cet engagement ? « Je n’aime pas subir les choses, je préfère les faire bouger de l’intérieur », justifie celui qui a fait ses premiers pas dans le secteur associatif au bureau des élèves Yes We Cnam. Il y fut d’abord responsable du pôle événement et y avait organisé, entre autres : le premier gala du Cnam au Jamel Comedy Club, la participation d’une équipe au raid 4 L Trophy et à la course de voile la Spi Dauphine. Passé président du BDE en décembre 2015, il compte notamment dans ses faits d’armes l’organisation avec l’administration de la cérémonie des diplômes de l’EICnam. Preuve, s’il en était encore besoin, que ce jeune homme aime être au cœur du réacteur.